De l’ouverture de l’épicerie-buvette des Baudy aux dernières transformations de la maison : les repères d’un siècle de vie givernoise.
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1869
Baudy fils, machines à coudre
Avant l’hôtel, avant même l’épicerie telle qu’on se la figure, la maison est un commerce de mercerie et de machines à coudre. Une lettre à en-tête gravé, datée du 30 avril 1869, et une enveloppe oblitérée à Vernon la même année en portent la raison sociale : « BAUDY FILS à Giverny ».
1883
Claude Monet s’installe à Giverny
L’arrivée du peintre dans le village précède de peu celle des artistes étrangers. Monet ne logera jamais chez les Baudy, et rien n’atteste qu’il y ait lui-même adressé des visiteurs : c’est sa seule présence au village qui attire les peintres.
1886
Willard Metcalf pousse la porte
La maison est alors un commerce de village : épicerie, mercerie, buvette. Willard Metcalf, peintre américain du Massachusetts, y arrive cette année-là à vingt-six ans — la collection Peers de Nieuwburgh le donne pour le premier des Américains, et rapporte qu’Angélina Baudy faillit l’éconduire avant de voir son matériel de peintre. Le registre des voyageurs, qui ne commence qu’en 1887, ne peut pas confirmer cette date.
Juin 1887
L’ouverture de l’hôtel
Angélina et Lucien Baudy ouvrent l’hôtel en juin 1887 : des chambres à bas prix, un atelier au jardin, un court de tennis. La même année, le registre des voyageurs est mis en service — il tiendra jusqu’en 1899 et comptera quelque sept cents entrées. De retour à l’Académie Julian, Metcalf a fait connaître le village ; John Leslie Breck arrive avec un petit groupe d’expatriés. La colonie américaine est née.
1887 — 1891
Le premier hôtel de France aménagé pour les peintres
Angélina Baudy transforme le commerce. L’atelier est bâti au jardin en 1887 — un pavillon indépendant, verrière au nord ; la collection Peers de Nieuwburgh en attribue l’initiative à Theodore Robinson. Deux autres ateliers sont aménagés sous les combles en 1890. Suivent une vingtaine de chambres et une grande terrasse d’angle. L’atelier de machines à coudre de Lucien devient la salle de bal. La maison est alors, selon cette même source, le premier établissement de France aménagé spécialement pour les artistes-peintres. Des trois ateliers, seul celui du jardin subsiste.
1893
La maison fournit la commune
Une facture acquittée le 15 février 1893 détaille des fournitures livrées à la mairie de Giverny entre 1890 et 1892, pour dix-huit francs quinze. L’en-tête dit ce qu’est alors la maison : « Hôtel & Café — Maison Baudy », épicerie et mercerie, bonneterie et chaussures. L’hôtel n’a pas remplacé le commerce : il s’y est ajouté.
Automne 1894
Le séjour de Paul Cézanne
Invité par Monet, Cézanne loge à l’hôtel Baudy du 30 septembre au 28 novembre. Mary Cassatt y séjourne en même temps ; la peintre américaine Matilda Lewis y croque son portrait. Il en rapporte deux toiles connues : « Paysage d’hiver (Giverny) », 65 × 55 cm, aujourd’hui au Philadelphia Museum of Art, et « Giverny (hôtel Baudy) », 65 × 81 cm, en collection particulière — cette dernière peinte depuis la terrasse d’angle de la maison. La Société Cezanne rapporte qu’il quitta Giverny brusquement, persuadé d’être moqué par les amis que Monet avait réunis pour le soutenir, en abandonnant plusieurs toiles à l’auberge.
1887 — 1920
Un carrefour artistique international
Pendant plus de trente ans, la maison réunit peintres, sculpteurs, graveurs et écrivains venus des États-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, d’Australie et d’Europe. Bals costumés, parties de billard, expositions accrochées dans la salle à manger : la Smithsonian Institution donne 1887-1920 pour la période d’exploitation familiale. La fin en est cependant moins nette qu’il y paraît — les sources givernoises montrent encore Angélina au service de la maison, avec sa belle-fille Clarisse, dans les années 1930, alors que l’enseigne porte déjà le nom des Evans.
1898 — 1911
Les soirées musicales et théâtrales
Quatre programmes imprimés sont conservés. La Jeunesse de Giverny donne ses soirées à l’hôtel Baudy le 27 février 1898 et le 4 février 1900 au profit de la bibliothèque scolaire, puis les 27 février 1910 et 30 avril 1911 au profit de la Société de Tir. Orchestre, monologues, chansonnettes, comédies en un acte : la maison est aussi la salle des fêtes du village.
Août 1908
Une photographie qui porte sa date
Deux personnes posent de part et d’autre du bassin circulaire, dans un sous-bois. Une mention manuscrite se lit en bas du tirage : « Aug 1908 ». C’est le seul document du fonds à porter sa propre date.
1914 — 1918
La Première Guerre mondiale
Le conflit disperse la colonie américaine de Giverny et marque, pour l’essentiel, la fin de la période.
1930
Le réveillon de Noël
Une carte manuscrite annonce le réveillon du 24 décembre 1930 : dîner et chambre, souper à minuit avec jazz, danses et tombola, puis le déjeuner de Noël le lendemain. Cent francs net par personne — « confort, chauffage, bonne table et gaieté sont assurés ». L’hôtel de peintres est devenu une maison de villégiature.
XXe siècle
Une maison qui traverse le siècle
Changements de propriétaires, dommages, transformations : cette période est moins documentée que l’âge d’or.
1941 — 1942
La fin d’une époque
John Walley Evans, dit Billy, dernier hôtelier de la maison, meurt en 1941 à soixante-deux ans des suites des tortures subies à la Kommandantur ; sa pierre tombale, au cimetière de Giverny, porte les dates 1879-1941. L’hiver suivant, son épouse prête les anciens ateliers pour le catéchisme du village. Angélina Baudy s’éteint en octobre 1942, à quatre-vingt-neuf ans.
Après 1945
Restaurant et salon de thé
L’activité hôtelière laisse place à la restauration. La maison conserve son atelier, son jardin et sa terrasse.
Aujourd’hui
Le Restaurant Baudy et les jardins
Le lieu accueille toujours les visiteurs de Giverny : la table, l’atelier en libre accès et un parc d’un hectare.