Printemps
Tulipes, narcisses, pivoines

Le jardin
Un hectare en coteau, et le projet d’en faire un livre à ciel ouvert.
Le projet
« Là où les fleurs deviennent mémoire. »
Le jardin de l’ancien hôtel Baudy fait l’objet d’un projet porté par l’association Les Jardins Baudy des Peintres Américains : faire du terrain un parcours de mémoire consacré à la colonie artistique de Giverny.
Le principe est simple. Pas de longues allées droites, mais un chemin sinueux d’où l’on ne voit jamais tout le jardin d’un seul regard. À chaque détour, une station : un artiste, une plante qui lui est associée, une plaque sobre portant son nom, ses dates et la raison pour laquelle il est honoré. Rien de plus. Une reproduction discrète de l’une de ses œuvres, posée sur une table inclinée comme dans un musée. Un banc, placé là où un peintre aurait pu poser son chevalet.
Au centre, une pergola couverte de rosiers anciens ; autour d’elle, les peintres américains. Un petit bassin de nymphéas, en clin d’œil à Monet, sans chercher à reproduire son jardin. Et un chevalet laissé vide, où chacun peut venir peindre.
Le Jardin Mémoire n’est pas conçu pour être terminé. Chaque année devrait y ajouter une personnalité, une plantation, une cérémonie. Dans cinquante ans, il pourrait compter cent rosiers, chacun racontant une part de l’histoire de Giverny.






Déjà là
Avant tout projet, le terrain portait déjà ses propres témoins. Sur la façade arrière, une glycine énorme, si large qu’une seule photographie ne la contient pas : ses bras noueux courent au-dessus de la porte des cuisines, et elle fleurit chaque printemps, un peu après les autres, bien qu’elle soit plantée au nord et ne voie presque jamais le soleil. Giverny News la dit plantée par Angélina Baudy — ce serait la plus vieille chose vivante de la maison.
Plus haut, l’escalier qui monte vers l’atelier a ses rampes en faux bois : du ciment moulé en rondins, avec ses nœuds, ses écorces et ses bouts sciés, un art de jardinier qu’on pratiquait du Second Empire à la Belle Époque. Les contremarches sont faites de la même matière, alignées comme des bûches. C’est un décor de son temps, resté en place.
Les stations
Chaque artiste honoré est associé à un végétal. Le jardin devient ainsi une collection botanique autant qu’un parcours historique. Cette table est celle du projet ; elle sera complétée à mesure des plantations.
Au fil de l’année
Tulipes, narcisses, pivoines
Roses, iris, delphiniums, lavandes
Asters, dahlias, graminées
Houx, écorces, silhouettes d’arbres, rosiers anciens

Avant les roses
Au XIXe siècle, la vigne se cultivait bien au nord de la Loire — jusque sur la butte Montmartre. À Giverny, c’est le flanc du coteau qui la portait, tenu par de petits murets en terrasses ; on en tirait un vin léger, plus proche de la piquette que du grand cru. Le phylloxéra, à la fin du siècle, mit fin à ces cultures, et les terrasses retournèrent à la friche.
C’est le jardin d’agrément qui les reprit. Avec les premiers catalogues de végétaux et les grandes serres des Expositions universelles, la mode, jusque-là réservée à l’élite, gagna tout le monde, et le rosier en fut la plante reine. Le livret de la maison attribue la naissance du jardin Baudy au voisinage de celui de Monet et à la présence d’un pépiniériste dans la plaine : un jardin né du plaisir plutôt que d’un plan, avec des haltes à chaque palier pour s’installer palette à la main, et un « océan de roses » qui, de mai à juin, descendait jusqu’à la rue.
La roseraie en terrasses que l’on parcourt aujourd’hui a été recréée de 1989 à 1991 par Christian Jeanney. Elle en garde l’esprit : allées sinueuses gagnées par les marguerites, la valériane et le millepertuis, escaliers de pierre qui se perdent vers le haut du coteau, rosiers grimpants lancés à l’assaut des arbres.
Roseraie
La roseraie est le motif central du jardin. Les variétés ci-dessous figurent sur les listes de commande de la maison.