La réponse courte
Claude Monet s’installe à Giverny en 1883. Quatre ans plus tard, à quelques centaines de mètres de chez lui, Angélina et Lucien Baudy ouvrent leur commerce à la pension : c’est l’hôtel Baudy, juin 1887, une vingtaine de chambres à bas prix, un jardin en coteau, un atelier bâti exprès.
Entre 1887 et la Première Guerre mondiale, c’est là que descend la colonie américaine de Giverny. Pas dans un hôtel de voyageurs : dans une maison qui parlait leur langue, servait leur cuisine et leur bâtissait des verrières.
Ce que prouve le registre
On ne le déduit pas : on le lit. La maison a tenu de 1887 à 1899 un registre des voyageurs — quelque sept cents entrées, portant pour chaque pensionnaire sa profession, son âge, sa résidence, la provenance de son passeport, son adresse précédente, sa destination et ses dates d’arrivée et de départ.
C’est la source qui permet de dire avec certitude qui a dormi ici, et quand. Elle a sa limite : le registre commence en 1887, et ne peut donc rien dire des deux premières saisons.
Il ne se trouve plus à Giverny. L’original est au Philadelphia Museum of Art ; les Archives of American Art en conservent un microfilm de 1989, bobine 4236, seule forme sous laquelle il est consultable.
Nous en donnons désormais à lire les lignes qui concernent les peintres de la maison, transcrites et citées : le registre de l’hôtel Baudy.
Ce qu’on payait, ce qu’on avait
Cinq francs par jour, le gîte et le couvert. Pour ce prix : une chambre, une salle à manger où l’on accrochait les toiles, un « American-Bar », deux courts de tennis, et le comptoir de l’épicerie où l’on trouvait chevalets, châssis et pinceaux.
Surtout, des ateliers. Un pavillon indépendant bâti dans le jardin en 1887, sous verrière exposée plein nord, pour achever dedans ce qu’on avait commencé dehors ; deux autres aménagés sous les combles en 1890. L’agrandissement mené de 1888 à 1891 fait de l’ensemble le premier établissement de France conçu pour des peintres.
Quand la bourse manquait, on réglait sa note en laissant sa toile. C’est ainsi que la maison s’est constituée une collection, et que des esquisses d’œuvres devenues célèbres sont restées à ses murs.
Avant, et à côté
La tradition veut que Willard Metcalf ait poussé la porte du commerce dès 1886, et qu’Angélina Baudy ait failli l’éconduire avant d’apercevoir son matériel de peinture. Le registre, qui ne commence qu’en 1887, ne peut pas confirmer cette date.
À partir de 1898, la colonie a un second centre : Frederick William MacMonnies et Mary Fairchild MacMonnies s’installent dans l’ancien prieuré du village, acheté en 1901, où s’ouvre en 1905 une école-atelier d’été. L’hôtel n’était donc pas la seule adresse — mais il fut la première, et la plus longue.
Qui, nommément
Le site donne vingt-six notices de peintres liés à la maison ou au village, en distinguant à chaque fois ce que les sources établissent : pensionnaire attesté par le registre, présence à Giverny documentée, ou travail dans la vallée alentour.
Trois séjours sont attestés par le registre même de la maison : Paul Cézanne en 1894, Dawson Dawson-Watson et Theodore Earl Butler. Pour les autres, le site dit ce qu’il sait, et ne comble pas les trous.



